Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants : Traitement avec la PTR

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Viols et abus sexuels avec usage de stupéfiants : Traitement avec la PTR

A la demande du Dr Julien Betbèze, qu’il en soit remercié, voici une révision de l’article publié il y a 11 ans dans la revue H & TB No 35 (*1), augmenté d’apports pratiques importants pour la désensibilisation de ce type de SSPT.

En 2014 déjà, je traçais quelques grandes lignes du travail de désensibilisation du trauma spécifique qu’engendrent les agressions sexuelles avec usage de stupéfiants, me basant sur les nombreuses situations cliniques que j’avais rencontrées. A cette époque, je me sentais vraiment seul devant les conséquences dramatiques de ce type d’agression. Heureusement je pouvais faire part à mes étudiants au sein de l’Institut Milton Erickson de Belgique de mon expérience et des moyens spécifiques pour identifier et soulager les victimes.

Les victimes de ce type de traumas sont nombreuses et passent souvent inaperçues dans les cabinets des psychothérapeutes. Il faut donc apprendre à les reconnaître et savoir comment les traiter pour insensibiliser les contenus inconscients toujours actifs. Il est important que psychiatres, psychothérapeutes en général, policiers, magistrats, journalistes et grand public se rendent compte que ce n’est pas parce que l’on « dort » durant ces agressions sexuelles qu’elles ne laissent des traces traumatiques importantes.

Un viol qualifié

C’est de fait tout le contraire qui se produit. Le corps n’oublie rien (*2), mais surtout le corps capte, perçoit et enregistre directement à un niveau inconscient ce qui lui a été fait alors que la personne ne sait pas consciemment ce qui lui est arrivé.

Cette discordance conscient / inconscient explique que le SSPT qui découle de ce type spécifique de viol est plus puissant, plus dommageable qu’un viol en toute conscience. Selon mes observations, la symptomatologie est plus lourde que celle qu’entraînent les viols sans stupéfiant en raison sans doute du fait que tous les symptômes « habituels » du viol seront présents avec pour cause aggravante l’ignorance de ce qui en est la cause. Cet état extrêmement inquiétant ne peut être interprété par le patient que comme la preuve d’une folie grave, une perte de contrôle de soi due aux mécanismes dissociatifs mis en action. Ce type d’agression devrait être considéré, en santé mentale comme en droit de viol qualifié.

Ces agressions peuvent mener entre autre à des automutilations, des autodestructions à différents niveaux tels que abandon d’études, éliminations des relations saines ou pervertissement de celles-ci, abandons professionnels, familiaux et assez fréquemment aussi au suicide pur et simple. Avec ceci de particulier que la victime ne comprend pas ce qui la pousse à ces actes et qu’elle s’en sent responsable. Ces sentiments de responsabilité, de culpabilité et de honte sont pourtant typiques du changement cognitif qui résulte de tout trauma ou SSPT !

 

LES VICTIMES DE TRAUMAS SONT DISSOCIEES !

Les médias, le grand public, et même les thérapeutes non formés a l’hypnose,
tout le monde répète cela comme un mantra ! Tous d’accord !
Les traumatisés sont dissociés !

Mais… alors les victimes, si elles sont dissociées, par quoi le sont-elles, comment
se fait-il qu’elles soient dissociées, telle est ma question ?
Bien entendu par la mal aimée, la mal comprise et toujours méconnue :
hypnose !

Il en découle logiquement que l’on hypnotise pas la victime de SSPT tout au contraire on la sort de l’hypnose, des phénomènes hypnotiques dissociatifs avec lesquels elle est dissociée depuis les incidents traumatiques.

 En thérapie, il est préférable de considérer que l’hypnose n’est pas le fruit de la suggestion, mais de l’usage de l’imaginaire ou de la mémoire du patient. En cas de choc émotionnel, les phénomènes hypnotiques nous viennent en aide « spontanément » pour nous protéger. On assiste alors à l’apparition d’un véritable carnaval de phénomènes hypnotiques que j’appelle Protections Dissociatives. Après les incidents traumatiques ces phénomènes vont se transformer en symptômes dissociatifs, d’où le fameux « les traumatisés sont dissociés ».

Préambule, le travail dit d’hypnothérapie dans le traitement des traumas ou plus précisément des SSPT ne consiste donc pas à « hypnotiser » le patient, il l’est déjà ! Et c’est de cela dont il souffre. Le thérapeute doit, en fait, sortir la personne de cette hypnose qui s’est imposée à lui et qui persiste. De plus, c’est la persistance de « l’enregistrement mnésique » (corporel ou kinésique, visuel, auditif, olfactif, gustatif) du souvenir souvent inatteignable consciemment, parce que dissocié, qui prolonge les souffrances, les symptômes.

En effet, avec le constat de l’apparition des « Protections Dissociatives » lors des incidents traumatiques, force est de constater que le travail du thérapeute -qui ne peut ignorer ce qu’il est convenu d’appeler l’hypnose – consiste à éliminer les dissociations hypnotiques dans lesquelles les personnes continuent de vivre depuis l’incident et de leur permettre de réassocier les différents éléments du souvenir. Le SSPT est donc l’évitement prolongé dans le temps des différents éléments « enregistrés souvent en tout ou en partie inconsciemment » ou « dissociés » de l’incident traumatique aux moyens des phénomènes hypnotiques initialement protecteurs.

Dans les cas de viols avec stupéfiant, la difficulté est double en raison de l’amnésie provoquée par la chimie spécifique des produits utilisés ; GHB, Kétamine, Benzodiazépine, alcool, etc. et de l’amnésie hypnotique protectrice qui s’est développée devant la peur de mourir, sentiment créé par l’engourdissement généralisé dû aux effets de la chimie absorbée sans en être conscient.

 

1) LA DETECTION DE L’USAGE D’UN STUPEFIANT

C’est bien sûr un point essentiel pour le travail. Dans certains cas, l’usage de stupéfiants est évident, connu. Prenons par exemple, le cas de la personne qui s’est réveillée chez un homme qui, « gentleman » lui a préparé un petit déjeuner, lui « rappelle » qu’elle lui avait exprimé, dans la boîte de nuit où ils s’étaient rencontrés, son souhait d’avoir des rapports sexuels. Le travail thérapeutique permet de retrouver qu’il n’en était rien mais que droguée, elle s’est effondrée et ne se souvenait de rien. Le travail permet bien souvent de retrouver qu’une fois chez lui, ils avaient été à plusieurs à la violer. Il s’agit souvent de véritables « professionnels » commerçants ou non du viol organisé. Certains commissariats de police, à Liège notamment, ont eu la bonne idée de recouper les plaintes pour permettre d’identifier les agresseurs… on ne peut que les en féliciter.

Dans le cas suivant, la connaissance des états modifiés de conscience a permis d’éluder l’hypothèse de psychose, de suspecter l’usage d’une drogue et d’aller travailler directement au niveau inconscient pour retrouver les faits et désensibiliser les souvenirs retrouvés.

Un de mes premiers cas de ce type (vers 1989) est celui d’une jeune femme, internée en psychiatrie depuis deux mois. Elle recevait, injustement, le diagnostic de psychose et la pharmacopée habituellement prescrite dans ces cas. Un des symptômes qui était passé inaperçu était les mutilations vaginales avec un couteau qu’elle s’infligeait toutes les nuits sous la douche. Après avoir été découverte et durant un entretien à ce propos, elle s’est jetée (totalement dissociée et donc sans conscience de ce qui la poussait à faire cela) sous le bureau du psychiatre dans l’intention de lui faire une fellation. C’est ce qui décida le psychiatre, à contre cœur, de faire appel à moi, hypnothérapeute. A l’époque, cette discipline que j’avais introduite en Belgique en 1984, était encore très suspecte, ayant subi l’anathème lancé par S. Freud et J. Lacan. Une séance unique permit à l’adolescente de 16 ans de retrouver que son professeur de dernière année de secondaire avait organisé un drink de fin de secondaire dans un bistrot avec quelques élèves de sa classe et, de connivence avec le tenancier de l’établissement qui avait fourni une chambre, ils s’étaient succédés pour violer la jeune femme. En proposant à la victime d’utiliser consciemment l’état de dissociation dans lequel elle se trouvait face au psychiatre et dans bien d’autres moments dans sa vie, comme lors des mutilations sous la douche, la jeune personne s’est rapidement souvenue de ce qui lui était arrivé dans cette chambre, du nombre de violeurs et de leur identité.

Dans la toute grande majorité des cas, la détection est plus difficile. S’il n’y a pas la connaissance qu’un stupéfiant a été utilisé, le respect des points qui suivent seront un moyen efficace pour confirmer ou infirmer l’hypothèse d’usage d’une drogue et donc de travailler en conséquence.

 

2) ATTENTION A l’OBJECTIF LOGIQUE ET NORMAL DU THERAPEUTE ET DU PATIENT :

Retrouver les souvenirs enfouis, responsables des symptômes.

Dans le retraitement des traumas en général, l’objectif du thérapeute est de retrouver et d’apaiser les éléments et souvenirs dissociés, dans l’amnésie, la psychosomatique, l’hébétude, l’impression d’inventer et autres Protections hypnotiques Dissociatives.

Particulièrement dans les cas qui nous concernent ici, le thérapeute, en voulant aller trop vite pour retrouver les souvenirs, c’est-à-dire en se focalisant trop longuement sur l’apparition, même embryonnaire du souvenir, va involontairement et paradoxalement ralentir la procédure en réveillant la souffrance. Même si cette souffrance n’apparaît pas encore consciemment, l’inconscient qui protège toujours le patient va renforcer les dissociations qu’il utilise déjà, par exemple l’anesthésie émotionnelle. Cette réaction ralentira le processus. Mais le thérapeute peut logiquement demander au patient d’intensifier cette anesthésie et éventuellement d’autres « Protections Dissociatives ». Attention, grâce à ce moyen, le retour des émotions peut être rapide.

 

3) L’AXE CENTRAL DU TRAVAIL « LA RAMPE » : est constitué par les souvenirs des Sensations de drogues qui réapparaissent progressivement.

Ces sensations seront constamment utilisées, amplifiées par le patient, comme guides pour favoriser le retour des souvenirs.

Pourquoi l’expression « la rampe » ? En analogie avec la rampe d’escalier qui peut servir de guide si la cage d’escalier venait à être plongée dans l’obscurité. Les patients sont le plus souvent inconscients de ce qui s’est passé, par contre, ils leurs restent des sensations traumatiques enregistrées qui sont dues aux drogues qui sont à la base du trauma principal : La Sensation de Mourir et donc la Peur Intense qui survient du fait de perdre le contrôle de soi. Ce sont donc ces sensations imprimées dans la mémoire par le choc traumatique dû à la peur de mourir qui, amplifiées, vont permettre des levées d’amnésies progressives.

a) Le manque de force (mollesse)

b) Les sensations d’anesthésie généralisées

c) Les sons étouffés

d) La bouche « pâteuse » (Parfois un goût d’opiacé)

e) L’hébétude

 

En invitant le patient à se focaliser sur ces cinq sensations : sons, sensations d’anesthésie, de manque de force, de bouche pâteuse, d’hébétude et en lui demandant de les intensifier, il sera rassuré grâce à la maîtrise qu’il commence à obtenir sur ses perceptions.

En PTR, on explique au patient ce qui se passe, le pourquoi des demandes qui lui sont faites, comme celle d’augmenter les sensations de drogues pour les maîtriser, d’intensifier les Protections Dissociatives (qui se confondent ici avec les sensations de drogues) pour le ramener au cœur du trauma et pour s’en servir comme anesthésiants, etc.

En suivant le chemin des sensations enregistrées de drogues, la « rampe » ramène les souvenirs qui peuvent alors apparaître, souvent progressivement, et parfois très rapidement. Le moindre contenu de retour du refoulé (images, sensations, émotions, etc.), sera rapidement soumis aux transformations au moyen de « changer n’importe quoi » (4) à l’utilisation des Protections Dissociatives (5), aux indispensables pauses et « nettoyages » des sensations de drogue qui s’effectuent grâce aux sensations du souvenir agréable vivifiant (6) et l’utilisation de la résistance (7) permettra d’affiner et de transformer ce qui apparaît comme « les bonnes raisons » de ne pas changer, de ne pas oser découvrir la suite du souvenir.

Exemple : la peur développée et explorée ramène des idées terrifiantes comme : « si je bougeais, il me frappait », « j’avais peur qu’il me tue », « je n’avais pas envie d’être déçue et de reconnaître mon meilleur ami, mon cousin, une personne connue, qu’ils étaient plusieurs, etc. »

Il est utile de souligner que l’usage de la question : « pouvez-vous faire autrement que subir la paralysie due à la drogue et à la catalepsie hypnotique » alors que la personne constate l’impossibilité de bouger, malgré d’éventuelles tentatives de repousser l’agresseur, fermer les jambes, etc. peut permettre une transformation immédiate de la cognition habituelle dans les traumas : « C’est de ma faute, je n’ai rien fait pour me défendre, etc. » Ce constat d’impuissance ressenti peut amener à la guérison immédiate, par la reprise de la cognition de l’estime de soi. « Je réalise maintenant que j’avais fait des efforts désespérés pour m’en sortir, mais c’était impossible de bouger, parler, repousser… Je ne suis donc pas coupable, pas responsable, je ne pouvais pas faire autrement que subir ! »

 

4) CHANGER N’IMPORTE QUOI (en accord avec le patient)

En PTR, il est habituellement fait usage du changement des images, des sons, odeurs, sensations et même des scénarios puisque : les SSPT ne sont pas le fruit de l’incident traumatique, mais des inscriptions mnésiques de celui-ci. Ceci est la grande chance du patient et du thérapeute. Il ne suffit donc pas uniquement de retrouver l’incident traumatique (faire un insight), il faut impérativement transformer les inscriptions mnésiques pour l’insensibiliser. La rapidité avec laquelle on doit transformer les souvenirs sera d’autant plus grande que la souffrance l’est, elle aussi.

Un exemple : après quelques moments de travail le long de « la rampe des sensations » de drogues, la patiente me dit : « Je sens un poids sur moi, c’est lourd. Th : Sentez le poids et augmentez- le. Remarquez comme vous n’entendez rien, que vous êtes sans force ou dans la paralysie… Pt : Oh oui ! Th : Augmentez bien cela. Remarquez que vous ne savez pas bouger. Pt : C’est comme un homme, une présence, ça pue l’alcool. C’est effrayant. Th : Pouvez remplacer l’odeur d’alcool en sentant un parfum que vous aimez ? Pte : Oh oui, l’odeur de la fleur d’oranger. Th : Pouvez-vous transformer, maintenant le poids et faire de cette chose pesante, par exemple, un gigantesque ballon à l’hélium ? Pt : Oh, oui, c’est chouette comme çà, il s’envole au-dessus de moi, comme à la Zinneke Parade à Bruxelles où il y ces énormes ballons. Th : Assurez-vous de ne pas voir, ni de savoir de qui il s’agit. Comme si c’était le visage de George Bush ou celui de l’homme invisible par exemple. Pt : Oui, ok ! Ah merde c’est mon oncle. Je ne peux pas y croire, j’invente, ce n’est pas possible. Th : Sentez bien que vous inventez, intensifiez ce ressenti, en transformant les images retrouvées par des images de BD, par exemple, etc… »

Puis retour à « la rampe des sensations » ou au « bon moment » pour effectuer un grand nettoyage, rinçage des émotions et des sensations.

 

5) ALTERNER RAPIDEMENT LES DIFFERENTS POINTS EXPOSES CI-DESSOUS.

Le thérapeute doit donc être vigilent, s’auto-observer constamment, s’extraire de la recherche des souvenirs et de manière directive offrir régulièrement des « respirations, ou pauses » au patient en utilisant les différents moyens suggérés ci-dessous. Il alternera donc les stratégies pour apaiser les souffrances qui émergent progressivement lorsqu’il se sert de « la rampe » (3), les sensations laissées par la drogue elle-même, pour retrouver les souvenirs. Aller doucement en protégeant le patient au maximum de toute souffrance permettra paradoxalement d’aller très vite au cœur des souvenirs amnésiés hypnotiquement et chimiquement et facilitera la guérison des symptômes.

Illustration : une patiente retrouve progressivement des souvenirs épouvantables du type de ceux décrits par « les Survivantes », dans le reportage de Pierre Barnérias, avant d’attendre d’en savoir plus et malgré ma curiosité, je l’extrais avec force du souvenir et la ramène dans son « bon moment » une plage de l’Atlantique venteuse et l’eau fraîche dans laquelle elle imagine se baigner pour lui permettre de se « nettoyer, de se rincer » des émotions, sensations et des Protections Dissociatives. Après cette démonstration de son contrôle sur elle-même, je lui demande si elle est d’accord de replonger dans le souvenir au moyen des sensations de drogue. En général, la patiente retrouve un peu plus du souvenir après ce type de renforcement. L’utilisation de cette ressource sera fréquemment utilisée durant la thérapie, conjointement aux autres outils.

 

6) LES PROTECTIONS DISSOCIATIVES (*3, 4, 5, 6, 7, 8)

Pour rappel, ce sont les phénomènes hypnotiques qui sont apparus « spontanément » au moment et en raison de l’incident traumatique, qui se sont amoindris et sont restés à bas bruit par la suite. Malheureusement ils reprennent de l’ampleur comme autant de symptômes à chaque reviviscence (comme précisément lors d’un entretien thérapeutique qui évoque et ravive douloureusement le souvenir). Mais il incombe au thérapeute d’inviter le patient à remarquer, qu’il y a peut-être, par exemple : 1) « catalepsie, 2) anesthésie physique, 3) émotionnelle, 4) hébétude, 5) dissociation au sens où la personne se dédouble, sort de son corps, 6) l’impression d’être comme mort, 7 d’inventer et 8) d’utiliser les nombreuses manifestations psychosomatiques » qui, elles, apparaissent d’elles-mêmes, sans même avoir à demander au patient si elles sont présentes. Dans ce cas, il suffit de lui demander d’intensifier les douleurs / sensations corporelles comme un nœud dans la gorge, une boule dans le ventre, un poids sur la poitrine, une douleur ici ou là… Dans tous les autres cas, il incombe au thérapeute de les rechercher en demandant si le patient les expérimente, si oui, de les lui faire utiliser, maîtriser avec rigueur, constance et à répétition. Grâce à l’utilisation des protections dissociatives, les grandes portes de l’inconscient s’ouvrent généreusement sur les souvenirs, émotions, sensations et cognitions traumatiques.

Les Protections Dissociatives si elles sont utilisées consciemment (volontairement) par le patient, à la demande du thérapeute vont alors servir d’anesthésiants pour faciliter le retour des souvenirs étant donné qu’elles sont nées au cœur même de l’incident traumatique. Il est évidemment quasiment impossible de distinguer si la « mollesse », être sans force par exemple est une catalepsie du type des Protections Dissociatives ou le retour du souvenir de l’effet de la drogue, il en va de même avec l’anesthésie physique. Est-elle due à la chimie ou à une Protection Dissociative hypnotique. En fait, c’est sans réelle importance car, que ce soit hypnotique ou chimique, le patient gagne à en obtenir une maîtrise en intensifiant la perception de l’effet de la chimie enregistrée dans le corps ou que de cette manière cela permette paradoxalement l’apparition du ressenti douloureux (grâce à l’utilisation de l’anesthésie hypnotique) ce qui va faciliter le fait de retrouver, quasiment sans douleur, les éléments traumatiques. Exemple : Lors du travail avec la PTR une jeune femme victime de viol sous GHB quatre ans auparavant retrouve grâce à l’amplification des Pro. Diss : 1) sans aucune sensation, 2) ni émotion, le souvenir complet de trois « bons copains » qui se servent d’elle sous le regard moqueur de sa « meilleure amie » qui l’avait invitée à son anniversaire et avait orchestré la sédation et le viol. La patiente ne comprenait pas pourquoi elle ne parvenait plus à fréquenter cette « meilleure amie » et sa bande de copains. Ceci souligne bien, par sa simplicité, le mécanisme du symptôme conscient déconnecté de sa cause inconsciente (je ne les fréquentais plus mais je ne savais pas pour quelle raison). Et comme dit M. Erickson : « si on a oublié quelque chose c’est pour une bonne raison et patient et thérapeute doivent en tenir compte. Je vous invite à garder couvert tout ce qui ne serait pas encore suffisamment insensibilisé… et vous invite à considérer le fait que pour ma part, je ne pense pas que ce soit nécessaire de garder cela oublié ». *(9)

 

7) CREATION DE L’ETAT D’HYPNOSE PAR « L’AUTO-INDUCTION UTILISATIONNELLE » DITE DU BON MOMENT ET APPRENTISSAGE  DE LA GESTION DU SYSTEME NERVEUX AUTONOME… SOIT LES EMOTIONS ET SENSATIONS.

En PTR il n’y a dès lors pas d’induction au sens stricte du terme. Le patient apprend et réalise qu’il peut s’hypnotiser et grâce à cela, contrôler sons système nerveux autonome et s’en servir en utilisant ses sensations corporelles et ses émotions en rapport avec n’importe quelle souvenir qu’il soit agréable ou non ! Ce qui est important c’est que le patient réalise qu’à aucun instant il est mis « sous » transe, qu’il n’est en aucun cas dominé par des suggestions autres que les siennes et celles qu’il accepte. Ceci permet de reconstituer, de faire expérimenter, souvent pour la première fois, une relation sécure(-risante) au sens où le patient s’autorise des comportements et attitudes nouvelles dans le cadre d’une relation qui les autorise, les rend possibles grâce à un thérapeute attentif à permettre ces permissions, ses autorisations personnelles. Les hypnoses faites par un thérapeute qui a appris que c’est de son art et de ses suggestions que dépend la transe ralentissent involontairement les processus d’apprentissages du patient. Particulièrement dans les cas évoqués de viols avec stupéfiants et de tout autre relation impliquant une domination. Quelqu’un qui a été soumis à ce type d’agression, ne peut que se trouver en porte à faux avec, d’une part, l’aspect cognitif du trauma : « je n’ai pas de liberté, je suis soumise » toute sa vie s’est déclinée en accord avec cette cognition et un hypnothérapeute en position haute involontaire qui « suggère » qui « induit » l’hypnose. Dans ce type de relation hypnotique la personne va développer très souvent une réaction inconsciente de rejet et de résistance inconsciente à ce mode relationnel insécure !

MH Erickson n’a pas tort lorsqu’il dit que l’on ne prend pas suffisamment en compte le besoin du sentiment de liberté du patient.

Les propositions qui précèdent constituent une thérapie implicite puissante qui vise à faire expérimenter le droit à la liberté et son respect effectif de la part du thérapeute dans le cadre d’une relation sécure (-isante) en construction.

Durant le travail, pour permettre au patient de se souvenir de faits amnésiés tant par les phénomènes hypnotiques que par la chimie du stupéfiant utilisé, il sera fait usage à répétition à un retour au : « BON MOMENT » pour littéralement L’EXTIRPER de l’engluement des souvenirs flous perçus dans un état de drogue revécu. C’est entre autres grâce aux efforts titanesques effectués pour se sortir de cet « état-souvenir » que thérapeute et patient constateront qu’une drogue a bel et bien été utilisée. Rien à voir avec une sortie de transe habituelle. C’est le contraste et la comparaison ressentie entre l’état de drogue et celui, par exemple, vivifiant d’une ballade en montagne qui permettra ce constat de manière flagrante. Ces allers et retours durant une séance seront nombreux et seront agrémentés des autres points mentionnés ici.

Pour poursuivre le travail, le thérapeute demande au patient de se centrer à nouveau sur les sensations de la drogue et ainsi de suite…

 

8) TOUJOURS ALLER DANS LE SENS DE LA RESISTANCE

Un des principes chers à Milton Erickson et que je considère comme essentiel est celui d’aller dans le sens de la résistance. Il est présent dans bien des points de la Psychothérapie du Trauma Réassociative PTR*.

En particulier une des techniques les plus efficaces de la PTR est, bien sûr, l’usage des Protections Dissociatives. C’est une application évidente de la logique d’aller dans le sens de la résistance. (Voir les 7 articles parus dans Hypnose et Thérapies Brèves à ce propos et le livre « Surmonter le Traumatisme. Initiation à la PTR » (*10). Par exemple, les personnes au moment du travail ressentent très souvent une douleur ici où là, un nœud dans la gorge, une boule dans le ventre. La colère ressentie devant le souvenir pénible qui réapparaît progressivement, peut se faire sentir dans le ventre. La patiente le dit : J’ai comme une grande colère ! Th : Où cela s’exprime-t-il dans le corps ? PT : Dans le ventre ! Th : Augmentez la sensation. Pt : Je n’y parviens pas, il y a maintenant, tout au contraire, comme une anesthésie et surtout j’ai une sensation d’étranglement dans le cou. Th : Intensifiez cela, svp. Pt : C’est ce qui bloque la colère qui vient du ventre. Th : Ok, parfait augmentez bien ce blocage et explorez la sensation, voyez « les bonnes raisons » qu’il y a de bloquer cette colère. D’où provient cette impossibilité d’exprimer mentalement cette colère ? C’est le plus intéressant c’est qui se passe pour vous en ce moment, c’est retrouver ce qui est à la base de cette difficulté d’exprimer la colère… Pte : Cela me ramène tellement de souvenirs des yeux menaçants de mon père qui nous interdisait de parler, de dire ce que l’on voulait avec autant de : « on ne coupe pas les adultes, tais-toi, tu ne dis jamais rien d’intéressant… » et des violences, il criait, donnait des claques, j’ai peur de lui, voilà ce qui m’empêche d’exprimer ma colère. Sentez bien cette terreur et augmentez là un petit peu, pour la maîtriser, l’appréhender. Ensuite le thérapeute va inviter à faire « fondre la peur » avec la colère qui maintenant peut enfin s’exprimer mentalement sur ce père, parce que la terreur a été conscientisée, transformée et surtout diminuée drastiquement. Ensuite il ramène la personne à la « rampe » des sensations de drogue.

L’utilisation immédiate de toute résistance permet une thérapie profonde accélérée et confronte toujours la personne à « de bonnes raisons » pour ne pas avoir pu être soi. Bien souvent ce sont des émotions de terreur, d’effroi, de dégoût, de désespoir qui sont retrouvées et les moments qui les ont créés ont été forcément très pénibles et le sont encore au moment de leur découverte. Ces moments seront transformés lors de leur réapparition (levée d’amnésie), de différentes manières dont au moyen de l’expression des besoins émotionnels restés inconscients jusque-là (PAAT). Toutes les techniques présentées ici seront utilisées par le thérapeute pour insensibiliser, enfin, des années de souffrance aux causes dissociées, inconscientes, dont les effets symptomatiques étaient eux bien présents, bien conscients.

Les techniques et principes présentés ici dans le cadre spécifique de viols et d’abus sexuels effectués sous drogue sont, bien sûr, applicables et recommandables dans tous les autres types de traumas, qu’ils soient complexes ou non. Seule la recherche et l’utilisation des sensations qui découlent de la drogue, la rampe, ne sera bien évidemment pas utilisée.

Gérald Brassine
Imheb.be
30 Mai 2025

 

  1. Viols et agressions sexuelles avec usage de stupéfiants : Traitement PTR.
    In Hypnose et Thérapies Brèves No 35 nov. 2014
    G. Brassine
  2. Le corps n’oublie rien. Bessel Van der Kolk. Albin Michel.
  3. Protections Dissociatives. Anesthésiants pour une hypnothérapie du trauma.
    In Hypnose et Thérapies Brèves No 55 novembre 2019
    G. Brassine
  4. Le pouvoir de la dissociation – corps et trauma
    In Hypnose et Thérapies Brèves No 61 mai 2021
    G. Brassine
  5. Protection Dissociative et syndrome de Stockholm
    In Hypnose et Thérapies Brèves No 70 juillet 2023
    G. Brassine
  6. Palo Alto – Le traumatisme et la PTR
    In Hypnose et Thérapies Brèves No 75 novembre 2024
    G. Brassine
  7. La Psychosomatique : un phénomène hypnotique protecteur -Sensations, émotions et PTR
    In Hypnose et Thérapies Brèves hors-série No 19 avril 2025
    G. Brassine
  8. Désamorcer les traumas et se replacer dans l’existence par la PTR
    In Hypnose et Thérapie du Trauma No77 mai 2025
    M. Manouvrier. G. Brassine
  9. Hypnotherapy an Exploratory Casebook. 1979
    M.H. Erickson & E. L. Rossi
  10. Surmonter le Traumatisme. Initiation à la Psychothérapie du Trauma Réassociative.
    Ed. Satas 2023
    G. Brassine & N. Tonglet

 

 

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