par Alice Minette
Cas de Coralie, 44 ans.
En couple, pas d’enfants.
Compte-rendu de 2 séances avec une même patiente
Séance 1
Coralie consulte car depuis l’occurrence de deux événements survenus dans sa vie 7-8 mois plus tôt, elle se sent angoissée tout le temps alors qu’avant cela, « pas du tout ».
Les deux événements en question ont été particulièrement traumatisants :
Le premier : un accident de voiture dans lequel sa voiture s’est retrouvée écrasée entre un camion et la borne centrale (elle s’en est sortie indemne assez miraculeusement), elle est sortie de la voiture par la fenêtre au milieu de l’autoroute, un policier est arrivé et a dû lui crier dessus pour qu’elle se mette à l’abri car elle était complètement hébétée et tétanisée.
Le second : sa maison, dans laquelle heureusement elle ne vivait pas encore (la maison était en train d’être construite, presque terminée) s’est effondrée. Manifestement un léger défaut de consolidation quelque part. Elle est arrivée et a vu la maison à plat comme après un tremblement de terre.
Coralie m’explique que depuis lors, alors qu’elle est habituellement fonceuse et insouciante, elle est nerveuse et anxieuse en permanence, tout la stresse, la préparation des vacances devient source d’angoisses, elle anticipe un drame en permanence.
Elle ne peut plus s’approcher de la maison sans ressentir des crampes, elle a une boule au ventre, anticipe tout ce qui pourrait arriver de pire, fait des crises de boulimie.
Elle a fait des séances d’acupuncture, ça l’apaise un peu mais brièvement.
Je lui explique la PTR, l’enregistrement traumatique toujours actif dans son système nerveux, la façon dont grâce à l’imaginaire on peut transformer l’enregistrement et remplacer l’empreinte émotionnelle traumatique par une empreinte sécure, tout en permettant au souvenir de l’événement d’être « re-casé » dans le bon tiroir de la mémoire.
Je lui propose de commencer par un bon moment, elle se retrouve dans son jardin, elle lit un livre dans un transat sous un arbre.
Elle expérimente aisément les différents phénomènes hypnotiques qui lui serviront d’alliés au moment d’aller revoir certains moments moins confortables.
En s’envolant, elle retourne au-dessus du lieu de l’accident de voiture. Elle revoit la scène, ressent la sidération, l’hébétude, je lui propose d’augmenter ces protections.
Je lui propose de regarder la scène comme si c’était une scène de film, en rembobinant jusque avant l’accident, et de le repasser au ralenti en imaginant que la voiture est en mousse très molle et très amortissante, de même que la borne centrale, et que le camion est en papier.
Je lui demande si elle a toujours en tête le bruit de l’accident (c’est le cas), et lui propose de remplacer ce bruit par une musique agréable de son choix.
Je lui demande comment elle souhaiterait que soit le policier qui lui a crié dessus, elle le visualise en gentil élagueur qui travaillait à couper les arbustes le long de l’autoroute, un beau mec torse nu très souriant qui lui demande nonchalamment si elle veut un coup de main 😉
Elle repasse la scène plusieurs fois, elle imagine que la borne centrale de l’autoroute est en matière de château gonflable, et que sa voiture est une sorte de jacuzzi avec des bouées autour, remplies de plumes.. Le tout sur une mélodie de chants d’oiseaux. Elle me décrit qu’elle voit la scène comme si elle regardait un dessin animé.
Je lui demande ce qu’elle ressent, elle me répond que c’est confortable, que cela devient presque poétique.
Elle prend le temps de s’imprégner des ressentis de ce nouveau scénario, de les intensifier et les enregistrer dans son corps, puis elle revient dans son bon moment et là, comme à retardement, toute l’émotion du choc se libère, elle lâche des larmes de stress qui étaient restées coincées tout ce temps, en disant qu’elle ne s’était pas rendu compte à quel point l’accident l’avait affectée, qu’elle avait « mis de côté » les impacts de celui-ci sans en mesurer les conséquences ni le gros stress qui en avait découlé.
Je lui propose d’imaginer se plonger sous une cascade purificatrice qui la nettoie de tout ce qui reste de stress accumulé, de sentir les tensions encore existantes être déliées grâce au passage de l’eau magique à l’intérieur et à l’extérieur de son corps.
La séance se termine sur une sensation de légèreté, de soulagement et d’agréable.
Nous prévoyons de travailler sur la maison effondrée la prochaine fois.
Séance suivante, 4 semaines plus tard
Coralie sent une grande différence dans sa vie depuis la séance précédente : le stress a disparu, elle n’a plus aucun souci à prendre la voiture ni même à aller dans la maison qui s’était effondrée (alors qu’on n’avait pas abordé cet événement-là en hypnose), et ne ressent plus cette boule au ventre ni l’anxiété qui la minait depuis les deux accidents.
Elle « s’est retrouvée », et a retrouvé l’élan et la joie de vivre qui la caractérisent.
Je lui demande ce qui l’amène cette fois-ci.
Elle me dit alors que les crises de boulimie qui s’étaient intensifiées après les accidents, en fait constituent une problématique dans sa vie « depuis toujours ».
Lorsqu’elle est seule -cela ne se passe pas en présence d’autres personnes, ni même de son compagnon : pas parce qu’elle se retient, mais parce qu’elle n’en ressent pas le besoin lorsqu’elle n’est pas seule -, elle a des fringales irrépressibles qui lui font vider frigo et armoires de façon compulsive.
Elle se souvient avoir des comportements de ce type dès la toute petite enfance.
Elle ne se souvient pas avoir vécu de trauma ni d’événement bouleversant durant l’enfance, elle me dit qu’elle a l’impression que c’est une peur de manquer qui ne lui appartient pas, qui viendrait d’une « vie antérieure » ou d’un.e ancêtre. Elle ne connaît pas l’histoire de ses aïeux, ni même de ses grands-parents, mais suppose qu’avec la guerre certains ont dû avoir faim. Sa croyance est que « dans une autre vie, j’ai eu faim ».
Je lui propose d’aller explorer cela en hypnose et de voir ce qui apparaît.
Je l’invite à revenir au moment où elle rentre chez elle après le boulot et où elle a cette pulsion de manger tout ce qui lui tombe sous la main, lui proposant de faire un zoom sur le ressenti qui précède le mouvement, qui donne l’impulsion à la compulsion.
Elle identifie directement de l’angoisse, sous la forme d’une sensation de vide dans le ventre, et de vertige. Je lui demande à quel autre moment de sa vie elle a déjà ressenti cela, elle ne sait pas.
Lui apparaît l’image d’une femme qui vit un très grand sentiment d’injustice, la sensation de recevoir toujours moins que les autres. Elle est certaine qu’il ne s’agit pas d’elle-même, que c’est quelqu’un d’autre, « peut-être quelqu’un de sa famille », mais elle ne sait pas qui.
Elle le dit avoir la sensation que cette femme la hante, que sa peur lui a été comme greffée.
Elle peut ressentir l’angoisse de cette personne dans son propre corps, tout en étant certaine que le ressenti appartient à quelqu’un autre.
Qu’à cela ne tienne, je lui propose alors d’aller transformer la vie de cette femme. De revenir jusqu’à la naissance de cette aïeule (ou autre incarnation, peu importe finalement) et d’imaginer qu’elle grandit dans une famille aimante, recevant tout ce dont elle a besoin, équitablement nourrie et cajolée par rapport aux autres membres de sa famille et de sa communauté, et évoluant dans un environnement sécure où elle ne manque jamais de rien.
Je demande ensuite à Coralie si elle souhaite aller rencontrer cette femme afin de lui expliquer qu’elle portait sa peine et sa croyance, mais qu’à présent ni l’une ni l’autre n’en ont plus besoin et qu’elles peuvent s’en débarrasser toutes les deux. Elle adhère tout à fait à l’idée et tout en se présentant à la femme en question, et en lui expliquant qu’elle portait une peine qui lui avait un jour appartenu, elles procèdent ensemble à un rituel dans lequel elles transforment un rocher en terre fertile. Coralie prend aussi le temps de valoriser toutes les ressources qui vivent en elle grâce à cette dame, et revient dans son bon moment, « apaisée et légère ».
J’étais un peu perplexe par rapport au côté très « hors-sol » de cette séance, mais… deux semaines plus tard, Coralie m’a envoyé un sms :
« Depuis ma visite, aucun grignotage. Je ne me suis ruée sur aucune armoire à gougouilles, ni même sur les apéros, c’est dire ! Je n’en ai plus envie. Je croise les doigts, j’espère que ce n’est pas un effet temporaire.. En tout cas ça ne m’était jamais arrivé. Merci ! 😉 »


