Viols et agressions sexuelles avec usage de stupéfiants: Traitement PTR (Psychothérapie du Trauma Réassociative).

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Concepteur de la Psychothérapie du Trauma Réassociative (PTR) Gérald Brassine partage sa longue expérience hypnothérapique des patients abusés sexuellement avec usage de stupéfiants.

 

Article paru dans la revue française Hypnose et Thérapies Brève N° 35 (Novembre-décembre-janvier 2015)

 

 

L’observateur inexpérimenté dans le traitement des traumas pourrait à juste titre s’interroger sur le fait qu’une personne ayant vécu une agression sexuelle en état de totale inconscience, puisse présenter ou non les symptômes habituellement rencontrés dans les cas d’Etats de Stress Post traumatiques (ESPT).

Pourtant, que le patient (ou la patiente) soit totalement inconscient d’avoir été un jour victime d’une telle agression ou qu’il n’ait que quelques souvenirs de l’avant et de l’après agression, la présence des symptômes du psycho-trauma est frappante.

Certaines victimes ne se souviennent que d’avoir bu quelques verres avec des amis et d’avoir perdu connaissance à tel ou tel moment de la soirée. Pour d’autres le réveil dans un endroit où elles ne se souviennent pas s’être rendues sera plus que troublant mais sans explication. Des blessures éventuelles, et parfois la présence de sperme seront pour d’autres encore les seuls éléments qui leur permettront, et encore à peine, de lever un coin du voile sur ce qui s’est passé.

Mais comme dans la grande majorité des cas d’agression, ce ne sera que quelques temps plus tard que les symptômes d’ESPT feront leur apparition.

Rappelons-en quelques-uns:

Angoisses, anxiété, phobies, dépression, flashs back d’émotions, rêves récurrents (ici sans images), mais aussi la sensation d’être sale, la dévalorisation personnelle, et parfois un aspect dit de « victime identifiée à l’agresseur »: colère et émotions de rage sur amis, parents, enfants, (1) etc.

Les auto-mutilations physiques, relationnelles, voire sociales, sont aussi très fréquentes.

On sait que les victimes de viols se sentent coupables de ce qu’il leur est arrivé.

Pour celles qui n’ont pas de souvenirs de l’agression, la culpabilité est quand même toujours au rendez-vous. Elle se greffe où elle peut: sur le simple fait de vivre, de ne pas aller bien, d’être devenue violente, etc

Pour certaines de ces personnes n’ayant aucun souvenir du ou des viols -éventuellement collectifs- l’ensemble de la symptomatologie peut aussi prendre la forme de ce qu’il est convenu d’appeler « aspect borderline », voire “psychotique” en raison de symptômes dissociatifs très puissants.

Dans tous ces cas, l’hypnose conversationnelle stratégique PTR est un outil de prédilection pour le thérapeute devant soigner les conséquences de ce type d’agression.

 

Principes

 

Sans redéfinir ici l’hypnose conversationnelle stratégique, rappelons simplement que cette hypnose est active au sens ou patient et thérapeute restent en conversation à tout instant. Le patient en état modifié de conscience permanent. Il expérimente quelques phénomènes hypnotiques, est entraîné (2) à gérer son système nerveux autonome (3)(émotions et sensations), à reconstruire son sentiment de sécurité et de confort afin de se protéger d’un retour d’éléments doublement amnésiés (psychologiquement et chimiquement) et pouvant être trop violents, désolants…

Tout cela ayant pour but de permettre une levée d’amnésie la plus douce possible et en sécurité.

Resoulignons que l’amnésie naturelle, dissociative, doublée ici par l’amnésie chimique, sert de « protection hypnotique » contre la peur et l’incompréhension des sensations de perte de contrôle de soi, déclenchées par la drogue absorbée à son insu.

La technique décrite au travers des trois « cas » repris ci-dessous, a été utilisée à de très nombreuses reprises avec des victimes de viols et attaques sous emprise chimique. Le plus souvent dans le cas d’agressions uniques, deux ou trois séances ont permis de venir à bout des symptômes essentiels.

Commençons par une brève description de l’histoire et des symptômes de « Anne », « Danielle » et « Martine ».

 

Présentations des cas

 

Anne, 26 ans.

Anne subit depuis un an de forts cauchemars sans images et des flash backs de sensations.

Une estime d’elle même déplorable l’a fait abandonner ses études. Depuis cette agression, elle est prise d’une frénésie sexuelle. Elle ne se sent plus capable d’aimer, mais bien juste “d’avoir du sexe” pour enfin dominer ces échanges. Elle souhaite mourir. Sa vie sociale a été cassée et son parcours scolaire et professionnel s’en ressentent.

De ce qui s’est passé lors de son agression, voici ce qui lui reste:

Elle se souvient avoir bu quelques verres dans une taverne et avoir ressenti un malaise important. Le jeune homme qui l’accompagnait a expliqué aux autres amis présents qu’il allait la raccompagner chez elle en voiture. Anne se souvient être tombée, à côté de la voiture, sur un bloc de béton. Elle n’a presque rien ressenti alors que le lendemain matin elle trouvera les draps de lits maculés de sang et que plusieurs points de suture seront nécessaires pour soigner sa blessure.

Le jeune homme qui l’avait raccompagné était toujours là au moment de son réveil. En allant à la toilette elle a constaté que du sperme s’écoulait de son vagin.

Voir le témoignage d’Anne dans les témoignages de patients.

 

Danielle, 32 ans.

Elle a depuis des années un caractère d’une grande violence. Elle vient à ma consultation parce que cette violence s’exprime sur son enfant. Elle est depuis toujours pleine d’angoisses et pense qu’elle a raté ses études (etc.) en raison d’un viol qui aurait été perpétré quand elle avait 14 ans. La seule chose dont elle se souvienne c’est que c’était son anniversaire, qu’elle était à la fête qui se déroulait chez son amie. Elle n’a jamais compris comment il se faisait qu’elle s’était réveillée chez elle.
Elle a appris par son amie que trois garçons, présents à la fête d’anniversaire, se sont vantés de l’avoir violée.

 

Martine, 22 ans.

Elle est venue consulter après avoir fait deux ans de thérapie auprès d’une personne utilisant une approche psychanalytique. Deux années de souffrance selon ses dires, d’autant plus inutiles que rien n’a avancé… si ce n’est sa culpabilité, qui elle, augmente.

Dès le lendemain de l’agression, dont elle n’avait pas de souvenir, elle s’est mutilée sexuellement. Elle a laissé tomber son petit ami, se sentant coupable et sale. Dans les jours qui ont suivi, elle a créé un conflit avec sa meilleure amie et ne la voit plus . Elle a abandonné ses études de médecine et le chant classique qu’elle pratiquait depuis son enfance et où elle avait atteint un très haut niveau. En quelques jours, la relation avec sa famille et particulièrement sa maman est devenue désastreuse, pleine de violence. Martine est persuadée de ne rien valoir et d’être coupable.

Elle se souvient avoir été dans un bal populaire et d’ y avoir rencontré un jeune homme sympathique. Elle avait bu deux verres de vin blanc et dans la voiture qui les reconduisait à Bruxelles, elle a tiré deux bouffées sur un joint. Elle pense que c’est de sa faute, même si elle reconnaît que cette quantité de vin et de haschish ne devrait pas l’avoir mis dans cet état.

À partir de son arrivée chez le jeune homme, chez qui elle avait accepté d’aller dormir « en tout bien tout honneur », tout ce dont elle se souvient c’est d’avoir perdu connaissance. Le lendemain matin, rapidement, elle quitte l’appartement du jeune homme avec une sensation de honte et d’avoir fait quelque chose de moche.

 

Je me contenterai de ces trois cas puisés dans la liste m’ayant permis de développer la synthèse de la structure thérapeutique similaire à tous ces cas.

 

Bases du traitement

 

Chaque situation a, bien évidemment, été traitée avec une hypnose conversationnelle stratégique.

En effet, il apparaît de plus en plus évident que l’état modifié de conscience est indispensable au retraitement des psycho-traumas. Comme David Cheek et d’autres en ont émis l’hypothèse, un état modifié de conscience est à la base de tout ESPT, et en correspondance logique, un état modifié de conscience ultérieur est nécessaire à sa localisation et ensuite à sa désensibilisation.

La peur engendrée par l’apparition de sensations internes inexpliquées, la perte de contrôle de soi, les émotions fortes provoquées ici par une substance chimique provoquent l’état modifié de conscience initial.

Et ceci est sans doute la première des spécificités des ESPT déclenchés par les viols avec usage de stupéfiants. La victime entre en état modifié de conscience du fait de la peur engendrée par la transformation de ses perceptions: une sensation d’anesthésie avec lourdeurs, engourdissement, non-réponse des membres, incapacité de parler, de réagir, troubles de la vue, distorsion de la perception auditive, etc. . De plus plusieurs de ces victimes continueront de vivre après leur agression avec une sensation d’étourdissement, l’impression d’avoir les “jambes molles”…

Un des principaux concepts de la PTR (Psychothérapie du Trauma Réassociative) est que les phénomènes hypnotiques spontanément apparus au moment de l’incident traumatique sont une protection dissociative(*).

En PTR, ils sont utilisés pour la désensibilisation, et comme moyen pour le patient d’apprivoiser ces phénomènes devenus par la suite une partie des symptômes de son ESPT.

En PTR, une fois l’état modifié de conscience installé, on va inviter le patient à suivre, développer, utiliser, transformer toutes les peurs provoquées par les effets des agents chimiques, mais surtout à reconnaître et à « jouer »(déjouer) avec les sensations induites par ces même drogues.

Les encouragements et explications du thérapeute sont essentielles: en effet se re-confronter à des sensations aussi désagréables n’est pas naturel. De plus elle peuvent passer pour ainsi dire « inaperçues » vu le caractère “anesthésié” de l’agressé.

Le thérapeute invitera avec insistance à « oser sentir la sensation de ne pas sentir », la sensation d’engourdissement, la sensation de tête lourde ou qui tourne, etc.
Il expliquera que plus le patient portera son attention sur ces sensations, après les avoir quelque peu intensifiées, plus rapidement elles disparaîtront. Le patient en apprend donc la maîtrise. Vu sous cet angle, c’est lui qui peut en jouer: elles ne s’imposent plus à lui, c’est lui qui leurs imprime sa volonté .

Ces sensations seront aussi identifiées comme les vestiges, inscrits dans la mémoire, des effets de cette drogue qui sans en identifier la cause, ont accompagné le patient comme autant de symptômes.

Grâce à cette focalisation sur l’expérience de drogue, d’autres éléments du souvenirs réapparaîtront.

Avaient-ils été amnésiés par l’anesthésiant ou par une réaction de protection hypnotique subséquente?

La question reste ouverte. Mais la redécouverte de certaines informations, même minimes, qui s’en suit, va amener à une désensibilisation du trauma et à un changement cognitif de l’habituel “c’est de ma faute, je suis coupable” des victimes de traumas.

 

Travail avec Anne:

Sans doute victime du GHB. Lorsque je l’ai invitée à se centrer sur ses sensations ou émotions, elle n’y parvenait pas. Le vague souvenir d’une douleur au front et à la joue due à une chute dans un parking est réapparue. Mais lorsque je lui ai demandé de se centrer sur les effets de la drogue, elle a retrouvé progressivement l’engourdissement généralisé et surtout le « manque de force ». C’est alors, et à partir de cela, qu’elle a retrouvé le souvenir d’avoir fait un effort surhumain pour se dégager de l’emprise physique de l’agresseur. Elle s’est souvenue de sa tentative impuissante de lutter contre lui et de son incapacité à bouger. Quasi instantanément elle a changé sa cognition. De « je suis coupable, c’est de ma faute” elle est passée, suite à cette vérification du contraire, en « j’ai essayé de lutter de toutes mes forces, mais la drogue m’en empêchait ! »

L’essentiel du traitement était fait puisque que l’on peut mesurer la réussite d’une thérapie du trauma, entre autre mais principalement, par la correction de cette cognition erronée. La séance avait consisté aussi à enlever toutes les sensations de la drogue en les faisant ressentir à nouveau et en les “recouvrant” par d’autres sensations, cette fois agréables et régénérantes.

 

Travail avec Danielle :

Induction d’hypnose conversationnelle et entraînement à quelques phénomènes hypnotiques. Puis, visite “dissociée” de la chambre et du lit sur lequel les trois jeunes violeurs la maintiennent. Elle ne les voit pas, (ce qui correspond à l’expérience des personnes droguées, elles ont les yeux fermés) mais les entend, ils rient et semblent s’amuser beaucoup, elle reconnaît leur voix et peut les identifier sans hésitation. Elle plonge, à mon invitation, dans les sensations engendrées par la drogue qui pourrait être du Rohypnol (?). Elle commence à augmenter ces sensations pour mieux les sentir et ensuite, grâce à cette augmentation réussie, à les diminuer. Elle constate, elle aussi, l’impuissance physique à pouvoir lutter. Mais toute la scène retrouvée lui suffit pour transformer la cognition, et réaliser que: “cela m’est bel et bien arrivé, je ne suis pas folle ! ». Dans la foulée elle comprend bien des choses sur sa vie et le cortège de symptômes découlant de cette agression. Elle sortira de cette hypnose avec un sentiment nouveau de pardon pour elle-même, pour ses excès émotionnels (syndrôme de la victime dite “ identifiée à l’agresseur”)depuis des années.

Danielle perdra quasi immédiatement la grande majorité de ses symptômes (en particulier les angoisses et la violence sur son fils et autres personnes pourtant aimées). Son estime d’elle même a été restaurée dans la foulée. Des réalisations concrètes dans sa vie professionnelle, entre autre, sont venues confirmer ces changements émotionnels drastiques.

 

Travail avec Martine:

Victime de Rohypnol (?) Précisons que Martine avait accepté de dormir chez ce jeune homme aux apparences polies et respectueuses, le chauffeur ne continuait pas dans la direction de chez elle…elle devait rentrer le lendemain matin.

Avec l’hypnose, Martine peut se souvenir avoir accepté de boire le jus d’orange que le J.H. lui a présenté. Ils parlent encore un peu ensemble, elle ne se sent pas très bien et va à la toilette. Quand elle se relève et se dirige vers la porte, elle s’effondre brusquement.

Je continue avec l’hypnose conversationnelle de lui demander de se centrer sur les sensations de drogue. Elles apparaissent très rapidement: engourdissement, bruits dans les oreilles, faiblesse dans les membres, etc… Après quelques instants, lui reviennent des mots, des phrases…le J.H. lui parle doucement, amoureusement, il l’afflige du nom d’une autre personne dont la photo agrandie se trouve sur le mur au-dessus du lit. Elle sent sa colère se réveiller avec peine, mais elle est heureuse de se souvenir qu’elle s’était insurgée devant cette scène dans laquelle le J.H. lui faisait jouer un rôle qui n’était pas le sien… Elle retrouve encore mieux cette envie de fuir cet endroit le matin. Cette envie de fuite retrouvée en hypnose, elle commence aussitôt à se demander d’où lui était venue cette idée saugrenue qu’elle était coupable alors qu’elle avait été, dans les faits, la victime ! A l’issue de cette séance de Psychothérapie du Trauma Réassociative (PTR), Martine a repris rapidement sa vie en main, est retournée à l’université et a retrouvé son estime d’elle.

 

En résumé

 

C’est d’une part la focalisation sur les sensations induites par la drogue elle-même qui permet à la fois de les dissiper et de retrouver les quelques éléments d’information utiles à l’élimination de la culpabilité.

D’autre part c’est l’utilisation des “Protections Dissociatives”; sensations d’anesthésie, paralysie ou catalepsie provoquées par la peur devant l’apparition de sensations de perte de contrôle (peur de la mort) suite à la prise de drogues , qui permet d’éliminer les symptomes d’ESPT.

Dans tous ces cas, la thérapie PTR utilise donc intensément les vestiges de sensation de drogue et le paradoxe des protections dissociatives: utiles au moment du choc de l’incident traumatique, devenues symptômes gênants (ou véhicules de symptômes), elles sont exploitées positivement en tant que compétences hypnotiques du patient… et elles n’ont plus raison d’être !

(*) Protection Dissociative: terme forgé pour souligner le caractère, à l’origine protecteur, des phénomènes hypnotiques de dissociatifs spécifiques développés par la personne au moment de l’incident traumatique. Ces phénomènes hypnotiques deviennent par la suite, les symptômes ou véhicules de symptômes.

(1) Gérald Brassine: Faut-il Parler de çà aux enfants ? Prévenir , détecter et gérer les abus sexuels subis par les enfants. Dangles Editions –Piktos. Toulouse. (2ème édition 2005)

(2) Milton Erickson “Deep hypnosis and its induction” The collected Papers Volume I . Irvington Publisher N.Y. 1980.

(3) Kay Thompson: “The case against relaxation”, in G. Burrows, D. R. Collison and L. Dennerstein (eds), Hypnosis. And in The Art of Therapeutic Communication. The Collected Works of Kay Thompson. Crown House Publishing. Ltd.

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